Bienvenue au vingt-deuxième article du blogue de Montréal hanté ! Nos articles paraissent les 13 de chaque mois. Dans l’édition de février 2017, on focalise notre recherche sur l’activité paranormale rapportée dans le bâtiment situé au 1248 rue Stanley. Durant la saison hivernale, Montréal hanté n’offrira plus des visites publiques avant mai 2017. Restez au courant de ce qu’on planifie pour l’hiver !

RECHERCHE DU PARANORMAL

Le 1248 rue Stanley, un bâtiment quelconque en brique bondé d’histoire, sied au coeur du centreville de Montréal. Délabré sur ses trois étages, c’était jadis le centre du West End Peel-Stanley Gay Ghetto — le village gai des années 1970, quand les bars le Mystique et le Truxx y étaient situés. Les raids policiers suscitèrent une forte réaction de la part des partisans des droits civils. Quand le village gai migra vers l’est dans la décennie de 1980, les bars commencèrent l’agonie d’un lent déclin avant leur éventuelle faillite. Depuis, d’autres commerces ont tenté leur chance dans le bâtiment de brique, mais la rumeur dit que l’endroit est hanté.

Selon certaines sources, le bâtiment sans prétention du 1248 rue Stanley a des fantômes. Une cliente du nom de Suzanne, ayant contacté Montréal hanté, conta le récit effrayant qui eut lieu là quand elle était employée, il y a des décennies, d’un bar nommé Glace.

Suzanne explique : « Quand j’ai commencé à y travailler en 1982 (et jusqu’en 1986 — ça s’appelait Glace ensuite le Sphynx), le Mystique tenait encore commerce et il y avait plusieurs clients, là. Je m’en souviens bien parce que l’entrée des employés se trouvait au sous-sol où était le Mystique.

Beaucoup de fun et de badinage, figurez-vous. Dans les années ’80, vous aviez 3 clubs et une taverne dans le bâtiment : le Mystique au sous-sol, une taverne au premier (je pense que c’était le Stanley), Glace au milieu, et, au-dessus, un club rock dont le nom a changé de l’Oxygène dans les ’70 au Blitz, puis au Métal dans les ’80). »

Quand elle fut priée pour plus de détails sur le paranormal, Suzanne dit : « En ce qui concerne mes expériences bizarres, elles ont eu lieu après la brève réouverture du Sphynx, en 1995. J’ai travaillé là quelques mois seulement. L’endroit n’était pas agréable. De grandes vagues de dépression m’engouffraient, mais disparaissaient dès que j’avais quitté le bâtiment. »

« C’était la première expérience bizarre, mais il m’a fallu du temps pour comprendre que ça venait du bâtiment et non de moi. En gros, j’accusais la nostalgie, car j’avais passé plusieurs années de ma jeunesse dans le bâtiment comme cliente et employée. Mais comment expliquer la soudaine libération de cette dépression dès que j’étais sortie dehors ? De l’air frais ? Hmmm, pas certaine. »

Suzanne développa sur les sentiments sombres : « C’était si lourd que j’en pleurais souvent. Quelques collègues ont cru que j’étais droguée (je ne l’étais pas et je ne buvais pas au travail). Moi, je pensais que je m’effondrais mentalement puisque ça m’était arrivé un an ou deux auparavant. Mais encore, comment pouvais-je redevenir normale une fois la porte franchie ? D’ailleurs, j’étais en santé et je le savais. Ça m’avait vraiment dérangée. J’avais nettement l’impression que je perdais l’esprit. »

La mauvaise humeur durait, continua-t-elle : « Ç’a duré tout le temps que j’étais là, peut-être 6 mois. C’était si prévisible qu’une fois le schéma établit, c’était devenu pour moi une sorte de jeu : tu entres par la porte et un gros nuage noir de dépression t’engouffre, mais tu n’as pas à le craindre, car dès que tu as quitté le bâtiment, il disparait par magie — à chaque fois, et plus rapidement que tout antidépresseur sur le marché ! Casse-toi, Prozac ! »

En plus de souffrir de l’énergie négative du bâtiment, Suzanne eut d’autres expériences qu’elle pourrait décrire comme paranormales : « La plus grande et bizarre occurrence a été celle des pas géants au-dessus (au dernier étage). C’est arrivé autour de 5 heures quand le personnel relaxait en buvant quelques verres au bar. Ça ne se produisait pas souvent puisque nous partions vers 4 heures du matin, et rarement (sinon jamais) nous nous tenions au bar après le travail. »

Puis, elle se souvint : « On parlait et avait du fun en se souvenant des ’80 dans le club quand c’était vraiment chaud et branché. Soudainement, ces grands pas lourds furent entendus en haut. Exactement comme si quelqu’un (quelqu’un de lourd) courrait le long de l’étage plusieurs fois d’une traite. Comme je l’ai déjà dit, c’était lourd, très lourd. Ensuite, en blaguant j’ai dit : « Qui est ce gros lard qui doit courir le matin à 5 heures ? » Je me croyais drôle parce que c’était tellement lourd et évident que quelqu’un courrait en haut, sans dire bizarre.

« Ensuite, j’ai vu le regard des gens avec lesquels j’étais : le gérant et le propriétaire. J’ai vu leurs faces ; elles étaient blanchies et ils ne riaient pas. Ils étaient effrayés, perplexes et très secoués. Inutile de dire que le fun était fini. Moi, j’étais catégorique : il y avait certainement quelqu’un là- haut ; c’était évident. Ils m’ont dit que c’était impossible parce que, premièrement, les deux portes (pour accéder à l’étage supérieur) étaient verrouillées, enchainées, avec un cadenas pour plus de sécurité. Deuxièmement, l’étage en entier servait d’entrepôt pour un tas de chaises et de tables qui n’avaient pas servi depuis des années. Il y en avait beaucoup. Elles étaient toutes empilées.  Autrement dit, l’étage était bondé de tables et de chaises au point qu’il était impossible de s’y promener, encore moins d’y courir. Alors nous avons monté pour enquêter, mais les pas de course avaient déjà cessé. En effet, les deux portes étaient verrouillées, enchainées et cadenassées. On ne put marcher que quelques pas dans l’espace devant les deux portes. »

Profondément dérangée, elle décida qu’elle en avait eu assez, s’exclamant : « C’est là que j’ai décidé de courir et de décamper. J’étais si secouée ; je n’y comprenais rien. En fait, j’étais certaine que quelqu’un était là, mais avoir une personne là-haut était impossible. Ç’a n’avait aucun sens à mes yeux. Tous on l’avait ouïe ; c’était clair comme le jour et très fort aussi. Ç’avait duré de 4 à 5 peut-être. Je suis sortie si vite, j’avais peur. J’avais besoin de rentrer seule chez moi, de me vider la tête pour essayer de donner sens à tout ça. Je voulais être seule, en partie parce que je savais que les gens avec lesquels j’étais n’étaient pas très ouverts à la notion de fantômes et de phénomènes paranormaux. J’étais trop ébranlée pour argumenter. De toute façon, j’aime à être seule. »

Une des choses les plus étranges dont s’est souvenue Suzanne ce soir dans la chambre aux chaises bondées fut la soudaine chute de température. Elle explique : « Note : il y a eu un froid glacial et l’on voyait notre souffle (en plein début d’été). »

Elle continua : « Quand je suis rentrée au travail quelques jours après, on n’en dit mot. Le sentiment d’oppression était là et je sentais que j’étais la seule à le vivre. Puis j’ai quitté l’emploi dans les semaines suivantes. Les gens avec lesquels je travaillais (que je connaissais depuis des années), étaient rendus méchants, suspicieux et menteurs. C’était très étrange et bizarre. J’ai eu le sentiment d’être partie juste à temps. »

L’expérience bizarre de Suzanne est peut-être liée à l’histoire turbulente du bâtiment, qui a vu beaucoup d’énergie négative au fil des années. En ce qui concerne ses propres théories sur le paranormal, elle dit : « Vous pouvez vous figurer qu’avec autant de clubs différents étendus sur autant de décennies différentes, mainte altercation violente a eu lieu. J’ai ouï parler de daguades, de fusillades, de gens soûls morts dans les escaliers en descendant et de quelques crimes passionnels au Truxx. La plupart n’ont été que des ouï-dire, mais quand j’y travaillais, quelques-uns se sont produits. »

En dépit des histoires de tragédie occasionnelle ou de violence, le Mystique et le Truxx furent instrumentaux pour changer les citoyens gais de Montréal. Comme mentionné, durant les années ’70, les bars étaient situés dans le ghetto gai du West End Peel-Stanley, prédécesseur du fameux Village gai de Montréal, maintenant dans l’Est.

Aux premières heures du 21 oct. 1977, une forte présence policière s’attroupa sur la rue Stanley dans le but de descendre les deux bars. En arrivant avec leurs mitraillettes, les policiers fondirent sur les bars, arrêtant, au total, 146 homosexuels, tous sur des accusations hasardées.

Avant d’être empilés dans une petite cellule pour la nuit, plusieurs d’entre eux furent testés, de force, pour des maladies vénériennes, ce qui impliquait l’insertion d’un coton-tige dans l’urètre. Le lendemain, ils furent accusés de « grossière indécence ». Des citoyens, outragés par la discrimination, se mobilisèrent.

L’évènement fut perçu comme le Stonewall de Montréal, une reprise de l’oppression soufferte par la communauté LGBT, à New York, en 1969. À l’époque, plusieurs Montréalais théorisèrent que les autorités municipales tentaient de retirer tous les éléments de la communauté gaie du centre-ville et de les repousser vers les banlieues dans l’Est.

Le soir suivant, la tension était palpable. Plus de 3000 personnes, les homosexuels et leurs alliés, marchèrent à l’intersection des rues Sainte-Catherine et Stanley. Pour protester contre le harcèlement policier, ils obstruèrent la circulation, paralysant, en somme, le coeur du centre-ville. Ce geste de résistance attira une énorme attention médiatique et mit en relief les abus des droits de l’homme à Montréal. La une du Journal de Montréal exclamait : « Les Homos et la police : c’est la guerre ! »

La pression montante, la classe politique se démena pour résoudre le conflit. Le mois de décembre suivant, l’Assemblée nationale du Québec approuva la loi 88, ajouta l’orientation sexuelle à la charte des droits de l’homme et en rendit illégale toute discrimination. Cette loi fit du Québec le premier endroit en Amérique du Nord à offrir cette protection, mettant, en 1979, le premier défilé gai en branle.

Malgré le rôle important que joua le Mystique à sécuriser les droits de l’homme de la communauté LGBT à Montréal, ce bar ferma ses portes en 2009. Après 37 ans d’opération, c’était le plus vieux bar gai de Montréal à sa fermeture. Le Village gai avait migré vers l’Est dans le quartier Sainte Catherine entre les rues Berri et Papineau, emportant avec lui plusieurs anciens gérants. Le ghetto du West End Peel-Stanley n’était plus.

Entretemps, une archiviste, à l’oeuvre sur cette histoire, fit une rencontre étrange lors de ses recherches à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Pendant qu’elle étudiait des documents en ligne, elle fit cette expérience :

« Je m’appliquais à ma recherche dans les journaux pour voir qui ou quoi aurait pu hanter l’endroit. Soudain, j’ai vu sur l’écran qu’une fusillade avait eu lieu à l’Oxygène en 1979, blessant cinq personnes par balles. Je continue de lire et bientôt je sens une main lourde sur ma tête qui la pousse vers le bas. D’un coup, un mal de tête apparait. J’étais fâchée parce que je ne m’y attendais pas. Quelques minutes plus tard, je cesse de lire : le mal de tête a disparu. »

L’archiviste avait enquêté sur Claude Montreuil et Claude Joly, deux hommes qui avaient été accusés de cinq chefs d’accusation pour meurtres après avoir ouvert le feu au club l’Oxygène, la nuit du 27 décembre 1979. Les deux hommes avaient rencontré dans le club un groupe de jeunes Italiens qui s’étaient invités à leur party quelques semaines auparavant. À la suite d’un échange houleux, les hommes décidèrent de régler le tout dehors. Toutefois, pendant qu’ils filaient vers la porte, Montreuil donna l’ordre à Joly de tirer sur les jeunes Italiens : il en résulta un bain de sang. Bien que Montreuil et Joly eussent clamé s’être défendus, le juge siégeant, Choquette, ne crut pas à leur défense, disant que la chose eût pu être évitée s’ils étaient restés chez eux. N’importe, Joly fut condamné à 25 ans de prison, et Montreuil à 12 ans.

Dérangée, l’archiviste contacta un médium qui lui dit que c’était peut-être une entité qui l’avertissait qu’elle empiétait sur son territoire, comme si elle voulait qu’elle cessât sa recherche.

Pour empirer les choses, un photographe, envoyé pour prendre des photos du bâtiment, eut aussi une rencontre étrange. Après une heure passée à documenter le lieu, il fut sous le choc au retour dans son studio en découvrant que chacun de ses clichés avait été mystérieusement supprimé de son appareil numérique. Il réfléchit sur ce qui était arrivé à ses photos.

À sa deuxième visite, les piles fraîches de son appareil habituel se vidèrent mystérieusement. Il décida d’utiliser celui de son cellulaire, seulement pour découvrir qu’il avait disparu inexplicablement. C’est à sa troisième tentative, après avoir acheté de nouvelles piles, qu’il put finalement prendre ses photos. Enfin, son cellulaire fut trouvé par un commis de bureau du côté ouest de la rue Stanley, chose inhabituelle, car le photographe avait été à l’est de la rue.

Est-ce possible que la même entité qui harcela l’archiviste soit aussi responsable de la suppression des photos et la disparition du cellulaire ? Si oui, pourquoi voudrait-elle empêcher l’enquête du bar hanté ?

Aujourd’hui, la Brigade Pizza occupe le basilaire du bâtiment. Fondé en avril 2013, le restaurant offre des pizzas napolitaines sur commande, des salades et des panuozzos ; un nouveau concept au Canada.

Interrogé, le jeune personnel de la Brigade Pizza a été surpris d’apprendre que le bâtiment était supposément hanté. Selon une demoiselle, personne n’a fait d’expérience récente qu’on pourrait qualifier de paranormale, et les étages supérieurs du bâtiment sont maintenant offerts comme espace de bureau.

C’est inconnu aujourd’hui si l’activité fantomale continue ou non. De plus, à l’heure actuelle, aucune information ne révélerait l’identité de cette entité paranormale qui agressa l’archiviste et le photographe. Qu’aurait-elle à cacher ? Un meurtre depuis longtemps oublié ? Il n’y a qu’une certitude : le bâtiment du 1248 rue Stanley tient une longue histoire d’incidents impliquant tout, allant de crimes passionnels, de fusillades, d’accidents fatals à la brutalité policière et à la violation des droits de l’homme. Ce genre de cas négatifs peuvent parfois mener à de l’activité paranormale. N’importe, peut-être que des incidents futurs et une recherche continue permettront un jour à Montréal hanté d’identifier l’entité furtive qui hante le 1248 rue Stanley.

Bulletin de nouvelles

Montréal hanté entre en mode hivernal et n’offre plus de visites publiques avant le mois de mai 2017. Cependant, les visites privées sont toujours disponibles pour les groupes de 10 personnes et plus, selon la disponibilité de nos raconteurs et les conditions météorologiques.

Nous tenterons de développer des activités hivernales telles que les traine-bars et les enquêtes paranormales des édifices hantés. Si vous avez des suggestions d’activités hivernales, veuillez contacter : info@hauntedmontreal.com.

Nous planifions également de mettre à jour et d’améliorer nos site et blogue pour qu’ils soient plus conviviaux et pratiques.

Un grand merci à tous nos clients de la saison 2016 qui ont participé aux visites de Montréal hanté ! Si vous avez apprécié votre expérience, nous vous encourageons à en partager vos pensées sur notre page Tripadvisor, ce qui aide Montréal hanté à promouvoir ses visites. Enfin, pour accéder au blogue le 13e de chaque mois, veuillez vous abonnez à notre liste d’envoi.

À venir le 13 mars prochain : Le vieil Hôpital général de Montréal

Des centaines de personnes âgées vivent dans un grand bâtiment délabré qui sied à l’angle des rues René-Lévesque et Saint-Dominique, dans le coin nord-est du quartier chinois de Montréal. Jadis, l’Hôpital général de Montréal, le bâtiment porte maintenant le nom de CHSLD Paul-Émile-Léger, un foyer gouvernemental pour personnes âgées. Selon des sources variées, l’activité fantomale n’est pas rare dans l’édifice, telles que des pensées dérangeantes qui semblent jaillir de nulle part, et l’apparition d’un spectre mystérieux, qui s’assoit sur le toit élevé, fixant des yeux les gens sur la rue en bas. Ces manifestations auraient-elles un lien avec le vieil hôpital, dont les années d’opération furent de 1822 à 1953, ou seraient-elles causées par le scandale des mauvais traitements qui secoua l’établissement au fil des années 1990, quand il portait le nom de l’Hôpital Saint-Charles-Borromée ?

Donovan King est un historien, enseignant et acteur professionnel. En tant que fondateur de Montréal hanté, il unit ses talents pour trouver les meilleures histoires de fantômes montréalais, et les livrer par l’écriture et le jeu d’acteur. King déteint un DEC (Interprétation, Collège John Abbot), BFA (Drama-in-Education, Concordia), B.Ed (Histoire et Enseignement de l’anglais, McGill) et une MFA (Études théâtrales, Université de Calgary). Il étudie actuellement pour obtenir une AEC (Guide touristique de Montréal, Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec).

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