Bienvenue à la onzième édition du Blogue de Haunted Montréal! Disponible le 13 de chaque mois, l’édition du mois de mars se concentre sur les recherches que nous avons menées sur l’Église évangélique St. John. Située au cœur du pôle du divertissement montréalais, le Quartier des Spectacles, la bâtisse victorienne est aussi connue sous le nom de l’église au toit rouge.

Haunted Recherches

Les touristes qui déambulent autour du quartier montréalais de la Place des Arts sont souvent frappés par une ancienne église de pierre néo-gothique au toit rouge, qui ne semble pas à sa place au milieu de toute cette architecture moderne qui l’environne. Avec son look sévère et sa vocation ecclésiastique, l’église évangélique St. John ressort comme une anomalie dans ce nouveau pôle du divertissement. Érigée en 1878, la vénérable église au toit rouge est certainement le plus vieux bâtiment des alentours, qui connaissent une recrudescence de constructions du 21e siècle.

Alors que de nouveaux théâtres, cinémas et salles de spectacle se multiplient, l’église évangélique St. John campe fermement au coin de la rue Saint-Urbain et de l’avenue Président-Kennedy. Elle est à la fois un rappel architectural d’une époque antérieure et une église anglo-catholique pleinement opérationnelle qui continue de servir sa congrégation et qui sert de maison d’accueil pour les nécessiteux. Ce que des milliers de touristes qui flânent autour durant la saison des festivals ne réalisent pas c’est que l’église au toit rouge est réputée hantée depuis fort longtemps.

Cependant, les hantises sont extrêmement inhabituelles : elles sont minimes. Fait intéressant, au lieu des troublantes zones froides et autres déplaisantes manifestations paranormales, l’esprit qui hante l’église est décrit comme très doux. En effet, des « zones chaudes » sont connues pour se matérialiser à l’occasion, réconfortant les paroissiens assez chanceux pour les expérimenter. Le sentiment, selon un pratiquant s’apparente à celui « d’être embrassé par un être cher. »

L’église évangélique St. John est unique à Montréal. Construite en 1877-1878, sa vocation vue le jour en 1878 et elle fut consacrée en 1905. L’église au toit rouge a été conçue par l’architecte William Tutin Thomas, en collaboration avec le révérend Edmund Wood, le fondateur de la paroisse. Wood avait étudié les églises en Angleterre et sa vision était au centre de la construction de l’église évangélique St. John. Le style de l’église victorienne pourrait peut-être être mieux décrit comme « taudis gothique », développé à l’origine pour les pauvres paroisses ritualistes de Londres, en Angleterre. Décrite comme « musclée » et « à forte ossature », l’église a été conçue pour être sage et sobre à l’extérieur mais avec une solide décoration et capable de tenir des « rituels de pointe » à l’intérieur. Avec des services offerts en latin, un orgue et un chœur, sans oublier de l’encens qui flotte dans l’air, l’église anglo-catholique, ou la « Haute Église » s’adresse à ceux qui ont des croyances et des pratiques parfois controversées au sein de l’anglicanisme. Soulignant l’héritage catholique de la religion anglicane et les diverses identités des différentes églises, l’anglo-catholicisme embrasse les rituels catholiques anciens tels que la messe solennelle, les vêpres solennelles et la bénédiction. Certains adorateurs controversés espèrent aussi que les églises anglicanes et catholiques finiront par se réconcilier et s’unifier.

Le fondateur de l’église, Edmund Wood, était sans contredit un homme remarquable. Né en 1830 dans une famille d’érudits du sud de l’Angleterre, il suivit les traces de sa famille en étant lui-même un étudiant dévoué. Après avoir séjourné dans des écoles à Brighton et Londres, Wood fut admis dans la Ligue Ivy du Collège St. John d’Oxford en 1849. Cependant, en raison de difficultés financières familiales, il fut rapidement transféré dans un collège universitaire moins dispendieux à Durham, faisant éclater son rêve originel de recevoir une éducation de classe mondiale. Selon Wood, cette situation inattendue a provoqué en lui « une blessure que le temps ne parviendra jamais à totalement guérir ». Toutefois, Wood vint à bout de ses études et reçu son baccalauréat en 1854 et sa maîtrise en 1857. Il s’impliqua également dans la Haute Église anglicane de Durham, où il devint diacre en 1855. Il accordait une attention singulière à la situation particulière des mineurs pauvres et défavorisés, ce qui conduisit à des accusations de « papisme » de la part de certains paroissiens et souleva la colère de son évêque local. Pendant ce temps, sa famille émigra au Bas-Canada et son père mourut à Montréal en 1857. Wood décida de suivre sa famille et arriva à Montréal en novembre 1858.

L’évêque anglican de Montréal, Francis Fulford nomma immédiatement Edmund Wood responsable du ministère pour les pauvres de la partie sud-est de la paroisse, une vocation qu’il continuera jusqu’à la fin de sa vie. Wood excellait dans son travail et faisait preuve de beaucoup d’empathie pour les moins fortunés. Néanmoins, à l’origine le centre dans lequel il exerçait sa mission était loin d’être idéal. Dans un premier temps, Wood dû se contenter de travailler dans une chapelle mortuaire en pierres anciennes située dans le cimetière protestant (à l’emplacement actuel du Complexe Guy-Favreau). L’évêque Fulford, avec l’aide de John Samuel McCord, avait obtenu la permission d’utiliser le bâtiment sans charme et décrépit. La première fois que Wood et l’évêque Fulford ouvrirent la porte de la morgue, ils ont presque défaillis tant l’odeur de la pourriture était saisissante. L’évêque, dont les narines frémissaient, fit remarquer « Ne pensez-vous pas, Wood, qu’un peu d’encens serait approprié? »

Edmund Wood ne se découragea pas. La morgue effrayante fut ouverte pour des services d’église et des sièges furent fournis gratuitement. Le travail pastoral de Wood se concentrait sur les pauvres, ce qui entraina une expansion rapide du nombre de fidèles. Il ne fut pas long avant qu’il y ait deux fois plus de gens assis à l’extérieur parmi les pierres tombales qu’il n’y en avait à l’intérieur de la morgue. Wood, un amoureux des rituels théâtraux élaborés, impressionna ses paroissiens avec les premières vêpres avec chorale à Montréal, et peut-être même au Canada, lors du réveillon de Noël de 1859. En 1860, il ouvrit  une école et endossa le rôle d’enseignant et de révérend.

En juillet 1861, l’évêque Bishop Fulford fit d’Edmund Wood un prêtre anglican, jetant les fondations de son futur travail de supervision de la construction et d’administration de l’église évangélique St. John. Cette même année Wood fonda la première paroisse anglo-catholique du Canada et la première église anglicane à « chaises » à Montréal. L’ancien système impliquait la location de bancs, ce qui fournissait des revenus pour l’église et permettait également aux citoyens fortunés d’acheter les meilleures places. En remplaçant les bancs par des chaises, Wood instaura que les riches et les pauvres devaient s’asseoir ensemble à l’église et que leurs cultes étaient jugés égaux devant Dieu.

En 1874, la morgue fut jugée trop petite. Une terre fut achetée aux coins des rues Saint-Urbain et Ontario et Edmund Wood se mis à planifier et à superviser son église de rêve. Après de nombreuses années de travail minutieux, l’église évangélique St John fut finalement ouverte au culte le 6 mars 1878.

Wood institua des services de chorale hebdomadaires et quotidiens et la cérémonie de la liturgie fut renforcée par une chorale en robe d’église, des cierges et l’érection d’une croix proéminente sur l’autel.

L’amour de Wood pour les rituels conduira inévitablement à un conflit avec le révérend Ashton Oxenden, le remplaçant de Fulford en tant qu’évêque en 1869. Oxenden n’était pas content avec la « mode de réaliser des rituels lors du culte public dans l’une de nos églises », et s’embrouillaient avec le révérend Wood quant à son approche peu orthodoxe de la religion anglicane. Wood, qui n’était pas une personne à compromettre ses idéaux, répondit avec une publication intitulée « Le caractère catholique et tolérant de l’Église d’Angleterre ».

Dans les années 1880, la réputation d’excellent conseiller spirituel de Wood s’était solidifiée, tout comme celle d’être un partisan passionné de l’utilisation de la musique et de la cérémonie pour améliorer la liturgie, et l’initiateur d’une eucharistie quotidienne dans l’église. Wood avait soumis avec succès ses adversaires religieux tout en attirant des milliers d’adeptes. Frederik George Scott, maître assistant à l’école que Wood avait fondée en 1884-4885, insinua « Il n’y a pas d’église au Canada qui n’a pas appris quelque chose de la norme de culte fixée par le Père Wood ».

Quand le grand révérend Edmund Wood mourut en 1909, la ville ressentie vivement sa perte. Homme compatissant et désintéressé, Wood manqua cruellement. L’évêque John Cragg fathhing a commencé une allocation à son synode l’année suivante avec les mots suivants : « Avec la mort de Monsieur Wood, l’église canadienne a perdu l’un de ses prêtres les plus connus et les plus honorés. Une vie telle que la sienne est le témoin que seul le sacrifice est fructueux. »

Au cours de l’histoire de l’église, il y a eu de nombreux rapports de hantises bénignes à l’intérieur du bâtiment. Les paroissiens pensent que le fantôme pourrait être celui du fondateur désintéressé de l’église, le révérend Edmund Wood. L’esprit du bon recteur est réputé visiter l’église au toit rouge, encore et toujours pour veiller sur la congrégation. Le fantôme n’est pas considéré comme sinistre, mais il est vu plutôt comme un rappel heureux du premier patron de l’église, un homme passionné et visionnaire, qui semblerait toujours être impliqué dans le ministère.

Selon un article de la Gazette de Montréal du 26 octobre 1985, l’église serait hantée depuis 1909, l’année ou le révérend Edmund Wood mourut. L’article cite le révérend de l’époque,  Canon Humphrey Slattery, qui croyait que Wood visitait toujours l’église de temps en temps mais qu’il n’y avait rien de sinistre là-dedans. À une occasion, Slattery était seul et priait à l’autel quand il entendit quelqu’un rentrer dans l’église et s’asseoir. Le révérend commença alors à prier à haute voix, espérant une réponse de l’adorateur mais personne ne répondit. Quand il se retourna pour voir qui était assis là, il se rendit compte que la chaise était libre et qu’il était toujours seul.

« C’est une présence » affirma Slattery « Il y a une atmosphère dans l’église… et des fois elle est plus intense. » Il en est venu à la conclusion : « Ce n’est pas une mauvaise sensation du tout, » expliquant qu’autant les membres du clergé que les paroissiens avaient expérimenté la présence de Wood dans l’église depuis sa mort en 1909. Une blague, selon Slattery, circule quand des objets tels que des clés ou des documents viennent à manquer pour une courte période de temps. Ceux qui recherchent les objets perdus affirment souvent : « Père Wood a dû les prendre. »

En outre, ceux qui vont à l’église ou qui la visitent ont parfois expérimenté des sensations chaudes et réconfortantes.  Selon une étudiante en théologie du nom de Stephanie Rendino : « Le seul bâtiment public de la ville que je sais être hanté est l’église évangélique St. John. C’est celle avec un toit rouge derrière le métro Place des Arts. Le fondateur, le Père Edmund Wood, visite encore et toujours l’église, se manifestant avec des zones chaudes par opposition aux zones froides. »

Alors que dans beaucoup d’église l’idée qu’un ecclésiastique devienne un fantôme pourrait être considérée comme un sacrilège, à l’église évangélique St. John, il n’y a pas de scandale. En effet, en 1985, le révérend Slattery a déclaré : « Nous croyons à la communion des âmes donc il n’est pas hors de propos de réaliser que le monde dans lequel nous vivons est plein d’esprits de ceux qui sont partis plus tôt. »

Aujourd’hui, l’église au toit rouge fait des efforts pour s’intégrer dans le Quartier des Spectacles. Actuellement supervisée par un révérend nommé Père Keith Schmidt, l’église continue d’offrir des services religieux ritualisés en latin, en anglais et en français. La Mission St. Michael offre gratuitement des cours d’art tous les jeudis. Reconnue pour son patrimoine par le Conseil du Patrimoine religieux du Québec, l’église est aussi apparue aux côtés de Nick Nolte dans le film qui a reçu de l’académie le prix du meilleur film en 1997 « Affliction » et a fait une apparition dans la série télévisée de science-fiction « Dans une galaxie près de chez vous ».

L’église loue également le bâtiment pour divers ateliers, projections de films et spectacles. Il semblerait, au grand bonheur des artistes, que la censure ne soit pas un problème. Par exemple, le festival Pop Montréal a annoncé le visionnement du film « The Omen » dans l’église au toit rouge comme une « projection sur l’autel d’une église sur le coup de minuit. »  Ils ont dit que le film d’horreur traitant « d’un suppôt de Satan haut comme trois pommes causant la déchéance d’une famille influente de politiciens – a certainement contribué à en faire un des plus grands films d’horreur de tous les temps. » En outre, le visionnement fut co-organisé avec l’Institut Miskatonic d’études sur le fantastique, une organisation sans but lucratif selon lequel «des essayistes, des réalisateurs, des chercheurs et des programmeurs/commissaires reconnus dans le domaine du fantastique et de l’horreur qui célèbrent l’histoire et la culture du fantastique tout en aidant les amateurs du genre à aborder cet univers d’un point de vue critique. » Nommée après l’université fictive dans l’œuvre littéraire du maître de l’horreur américain H. P. Lovercraft, l’Institut Miskatonic d’études sur le fantastique, en dépit de son mandat sombre, était plus que bienvenue à utiliser l’église évangélique St. John pour ses activités.

Personne ne sait si l’esprit d’Edmund Wood visite l’église quand aucune activité religieuse n’a lieu, comme lors des ateliers  et des projections de films. Ceux qui sont familiers avec les fantômes ne seraient probablement pas surpris si le bon révérend faisait une apparition : non seulement Edmund Wood était un fan de théâtre mais il insistait également sur le fait qu’absolument tout le monde était le bienvenue dans son église, une tradition qui continue encore à ce jour.

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À venir le 13 avril : La Cinémathèque québécoise

Le Quartier Latin, quartier huppé de Montréal accueille de nombreux théâtres, cinémas et institutions culturelles et éducationnelles. Située dans une ancienne école élémentaire catholique, la Cinémathèque québécoise est une bibliothèque de films financée par le gouvernement qui projette essentiellement les films qui ont été réalisés au Québec. Distraction populaire de ce quartier animé, l’établissement est fréquenté par des milliers de cinéphiles et de touristes chaque année. Cependant, en dépit de l’atmosphère joviale qui règne dans le cinéma, il y a plusieurs rumeurs persistantes selon lesquelles  le bâtiment serait hanté par le fantôme d’une petite fille.  Les concierges ont rapporté l’avoir vue à plusieurs reprises et, en 2005, l’esprit de la jeune fille a été repéré par un employé dans l’une des cabines de projection, serrant une pile de livres scolaires. Le fantôme serait-il celui de l’une des anciennes élèves de l’école? et si oui, pourquoi hante-t-elle le bâtiment?

Donovan King est historien, professeur et acteur professionnel. Fondateur de Haunted Montréal, il coordonne ses talents pour créer les meilleures histoires de fantômes possibles, que ce soit dans la qualité rédactionnelle ou dans la performance théâtrale. Donovan King détient un DEC en Interprétation théâtrale (Collège John Abbot), un Baccalauréat en arts appliqués (Arts dramatiques en éducation, Université Concordia), un Baccalauréat en éducation (Enseignement de l’histoire et de l’anglais, Université McGill) et une Maîtrise en arts appliqués (Études théâtrales, Université de Calgary).

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