Bienvenue à la dixième édition du Blogue de Haunted Montréal! Disponible le 13 de chaque mois, l’édition du mois de février couvre les recherches que nous avons menées sur l’Eden Musée du Monument National.

Haunted Recherches

Tapi dans le sous-sol du grandiose Monument National, l’un des plus anciens et des plus beaux théâtres du Québec, se trouve un sombre studio de théâtre réputé hanté. Portant présentement l’appellation de « Studio Hydro-Québec », le sous-sol du bâtiment a une histoire très étrange et troublante.

Il a jadis accueilli le dérangeant Eden Musée, un musée de cire Victorien où les visiteurs pouvaient découvrir certaines des scènes de crime les plus éprouvantes et apprécier d’étranges et inquiétants artefacts, comme le cadavre d’un homme anormalement grand.

En 1894, les Montréalais furent confrontés à l’ouverture d’un nouveau musée bizarre. Situé sous le théâtre achalandé du Monument National, l’Eden Musée offrait une expérience mystique inégalée et satisfaisait les amateurs de sensationnel.

Il fut fondé par la compagnie International Shows Ltd qui visait alors à « monter dans la métropole du Canada une entreprise qui se concentrerait essentiellement aux beaux-arts et aux épisodes glorieux de l’histoire du monde. » Les galeries souterraines du musée furent conçues « principalement pour les jeunes » et se voulaient être « une source continuelle d’apprentissage et d’amusement, la reproduction réelle d’événements… plus durable donc qu’une page d’histoire apprise par cœur. » Les administrateurs de la société ont cherché à regrouper des « sujets qui instruiraient et amuseraient le public, en prenant soin d’exclure le vulgaire ou l’offensant. »

La grandiose entrée principale de l’Eden Musée était faite de bois rare et de verre coloré entremêlé. Le droit d’entrée de dix cents était récolté par un commis au costume orné d’or.

Dès l’entrée, les invités avaient droit à une magnifique galerie d’art où trônait sur la foule une statue de cire de Sa Majesté la Reine, en robe de tribunal et pleine de bijoux. Non loin de là, également coulé dans la cire se trouvait Sa Sainteté le Pape Léon XIII, vêtu des vêtements pontificaux. De nombreuses œuvres d’art ornaient généreusement les murs.

Depuis la galerie, les invités rejoignaient par un petit escalier la Salle des Curiosités où se trouvaient des curiosités vivantes telles que des nains et des contorsionnistes, mêlées à une étrange collection comprenant notamment « des caprices de la nature, des merveilles scientifiques et optiques à caractère instructif et divertissant ». La pièce contenait également plusieurs statues, des personnages de cire, des belles vues stéréoscopiques de champs de bataille et d’autres sites historiques, sans oublier un large assortiment de curiosités. Les visiteurs pouvaientégalement passer du tempsà essayer denaviguer dans un« labyrinthe magique. »

Un peu plus loin se trouvait la Chambre des Horreurs, où les invités rencontraient parmi d’autres étrangetés, les lutins de Satan, un homme sclérosé, des momies du Mexique, le squelette d’un « enfant-diable » né avec les pieds et la queue d’un veau et la réplique d’une fumerie d’opium. Diverses scènes de meurtre étaient également recréées et certains des criminels les plus notoires de la société y étaient coulés dans la cire. Le musée offrait fièrement des reproductions réalistes de l’assassinat de Rawdon, du meurtre de St. Canut, du mystère de St. Henry, de l’assassinat de Valleyfield, de la tragédie de St. Cunegonde, du Dr. Crippen et de Jack l’Éventreur. Une autre exposition populaire mettait en vedette un gorille enlevant une femme après avoir tué son mari, tandis que dans la « Cuisine du Diable » les invités pouvaient observer « Satan et ses lutins en train de faire rôtir un humain au-dessus d’un grand feu.

Il y avait également un Théâtrorium, un théâtre intime de 200 places qui donnait « de magnifiques performances » à chaque heure, telles que des concerts en direct, des farces, des pièces et d’autres représentations. Ultimement, avec la technologie de pointe, l’Eden Musée se mit à offrir des films muets et d’autres projections. Le musée employait également une force de police spéciale pour maintenir l’ordre dans les expositions et s’assurer que les femmes et les enfants pouvaient faire leurs visites sans crainte d’être harcelés ou agressés. Avec le constant renouvellement des expositions, les invités ne savaient jamais à quoi s’attendre en venant à l’Eden Musée.

L’une des attractions les plus étranges de l’Eden Musée fut son apparition en 1905, quand le corps du plus grand homme au monde, le Géant Beaupré, fut ajouté à l’exposition. Le cadavre de 8 pieds 3 pouces devint alors une attraction touristique majeure.

Édouard Beaupré est né dans la ville de WillowBunch au sud du Saskatchewan le 9 janvier 1881. Cavalier en herbe, il dû abandonner le commerce à 17 ans car à 7 pieds 1 pouce il était devenu trop grand pour monter à cheval. Sa croissance déroutante continua jusqu’à ce qu’il atteigne finalement la taille de 8 pieds 3 pouces. Beaupré abandonna sa vie sur le Ranch et se lança dans le show business, exhibant sa force en soulevant des barres en fer et des chevaux avec la force de ses épaules. Il fit une tournée de Winnipeg à Montréal et resta quelque temps en  Californie. Alors qu’il était à Montréal le 25 mars 1901, Beaupré lutta contre Louis Cyr, un célèbre homme fort Franco-Canadien qui était considéré comme l’homme le plus fort ayant jamais vécu. Bien que Cyr remporta facilement le combat, la réputation d’homme fort de Beaupré décolla. Il était très en demande par les nombreux cirques ambulants et les exhibitions de monstres de l’époque.

Le 1er juillet 1904, Beaupré signa un contrat avec le gérant d’un cirque pour faire des apparitions à la Foire Mondiale de Saint-Louis. Cependant, peu de temps après son arrivée à Saint-Louis, Beaupré contracta la tuberculose, qui se matérialisa rapidement en forte fièvre. À seulement 23 ans, il devint gravement malade et décéda subitement à l’hôpital local de Saint-Louis, seulement 2 jours après avoir signé son contrat.

Sa famille n’était pas capable de payer les frais pour rapatrier son corps en Saskatchewan donc le cirque demanda à ce que son cadavre soit embaumé. Une fois mort, Beaupré fut plus populaire que jamais. Son immense corps embaumé attirait d’immense foule à la Foire Mondiale de Saint-Louis et créait l’envie auprès de nombreux cirques, foires au monstre et musées.

L’Eden Musée trouva un moyen d’acquérir le corps du Géant Beaupré et le cadavre fut transporté à Montréal en 1905. Le défunt géant embaumé fut exposé au sein des personnages de cires. La macabre exposition s’avéra extrêmement populaire. Des foules immenses ont commencé à déferler au musée, dans l’espoir d’entrevoir le géant mort. Les foules devinrent trop indisciplinées et les gérants furent contraints de retirer le corps de Beaupré de l’exposition. Son corps fut abandonné dans un entrepôt avant d’être finalement réclamé par l’Université de Montréal pour des fins de recherche. Les médecins et étudiants en médecine, sans doute fascinés par sa déroutante anatomie, procédèrent à diverses expérimentations sur le corps, dont des opérations chirurgicales.

Il a fallu attendre 1989 pour que le corps de Beaupré soit finalement rapatrié auprès de sa famille en Saskatchewan, après qu’elle ait dû surmonter de nombreux obstacles bureaucratiques pour le soustraire à l’université. Le cadavre de Beaupré était sérieusement endommagé, ce qui n’avait rien d’étonnant après des décennies d’expérimentations médicales, si bien que les membres de sa famille durent se résoudre à l’incinérer avant de l’enterrer, 85 ans après sa mort.

L’Eden Musée fut fermé en 1940 après qu’il eut été jugé trop tapageur par la Société de Saint-Jean-Baptiste, propriétaire du Monument National. L’organisation qui représentait les catholiques Franco-Canadiens avait élevé la vocation du théâtre en 1890 au rang de monument pour célébrer la gloire de la « nation » Franco-Canadienne. L’impressionnant bâtiment arborant une façade de la Néo-Renaissance, ouvrit officiellement ses portes le 24 juin 1893, jour de la Saint Jean-Baptiste.

Au fil des années, le Monument National vit toutes sortes de performances incroyables. Situé sur la partie basse de la Main, une zone qui était en train de devenir alors le quartier juif de Montréal, le Monument National « s’imposa bientôt de lui-même comme un foyer de créativité, d’innovation, de débat et de performance, ce qui en faisait un des plus important centre communautaire multi-ethnique et culturel d’Amérique. »  Les célébrités du 19e siècle se produisaient dans l’immense auditorium du premier étage et un théâtre burlesque du nom de « The Starland » occupait le rez-de-chaussée. Le Monument National accueillait également des spectacles féministes et du théâtre Yiddish, et il est considéré comme le berceau de la lutte qui visa à établir le droit de vote des femmes au Québec.

Après la seconde guerre mondiale, le Monument National a commencé une longue spirale descendante. La partie basse de la Main avait vu naître le superficiel quartier Red Light de Montréal, caractérisé par la prostitution effrontée,  le jeu assumé et les trafics en tous genres. Le public choisit de se rendre dans les théâtres plus grands, plus sûrs et plus confortables de la rue Sainte-Catherine, condamnant le Monument National à sombrer dans l’oubli. La Société Saint-Jean-Baptiste, qui avait à l’époque des difficultés financière, déménagea en 1976.

Pendant un certain temps, il sembla inévitable que le Monument National serait démoli. Mais après avoir évité miraculeusement et à plusieurs reprises le boulet de démolition, le Monument National fut déclaré comme un « bien culturel précieux » en 1976. L’École Nationale de Théâtre du Canada pris le contrôle du bâtiment et en fît une restauration complète de 1991 à 1993.

Aujourd’hui, un studio de théâtre intime occupe le sous-sol où se trouvait le jadis florissant Eden Musée et, selon le personnel et les étudiants, cette partie du bâtiment serait hantée.Ont été rapportés des claquements de tuyaux inexpliqués et des bruits étranges. Selon un article paru dans le journal Métro, le directeur technique de l’école, Yves Duceppe, était très réticent à y aller seul quand il y était étudiant, de 1979 à 1981. À l’époque, le sombre et non-rénové sous-sol était effrayant et infecté de rats et d’insectes. Il ne s’y est jamais aventuré tout seul. Apparemment, bien qu’il ait été converti en un studio de théâtre très polyvalent, les mystérieux phénomènes de hantises continuent. De nombreux étudiants ont rapporté de troublants sentiments de malaise et avoir été observés par quelqu’un ou quelque chose tapi dans les recoins sombres du studio. De plus, deux étages au-dessus du studio, il y a aussi eu de nombreux rapports d’un fantôme de femme qui apparaitrait en haut de l’escalier menant au théâtre principal du Monument National.

Il se murmure parmi les étudiants en théâtre que le fantôme qui hante le Monument national ne serait nul autre que Sarah Bernhardt, une des plus grandes actrices françaises de son époque. Bernhardt se représentait à Montréal et à Québec et elle était connue pour la colère qu’elle attirait des autorités catholiques de par ses prestations qui se voulaient très critiques envers l’Église. La théorie voudrait que Bernhardt hanterait le Monument National parce qu’en 1905 elle avait voulu y jouer mais qu’en raison de contraintes budgétaires elle avait finalement choisi de se représenter au Théâtre Français, à peine à 5 minutes à pied de ce qui est aujourd’hui le Club Metropolis.

Bien qu’on la disait être  « la plus célèbre actrice que le monde ait jamais connue », Bernhardt était une actrice excessivement excentrique. Elle présentait plusieurs phobies étranges, telles que la peur d’être enterrée vivante, de devenir mince, de vieillir sur scène tout en perdant sa fascinante et presque inquiétante beauté. Pour surmonter sa peur de l’inhumation prématurée, on raconte que Bernhardt aurait dormi dans un cercueil inconfortable pendant plusieurs années.

Elle aurait également gardé le squelette d’un homme dont elle disait qu’il était mort d’amour, accroché devant le miroir de son effrayant boudoir, avec son doigt pointant vers sa propre réflexion.

Quand Bernhardt mourut d’urémie en 1923, les arrangements funéraires furent simples. Elle avait fait construire son tombeau des décennies avant sa disparition, en 1889, dans le cimetière parisien du Père Lachaise. Est-ce que son fantôme serait retourné au grandiose Monument National, un théâtre où elle avait toujours voulu performer? L’image fantomatique aperçue au sommet de l’escalier principal du théâtre pourrait être la sienne.

Cependant, qu’en serait-il des mystérieux bruits dont les claquements de tuyaux, et des sentiments d’inconfort qui hantent le « Studio Hydro-Québec »? Il semble peu probable que le fantôme d’une actrice tranquille puisse causer un tel chahut. Une théorie qui serait plus plausible serait que ces bruits soient causés par l’esprit d’Édouard Beaupré, le géant dont le cadavre embaumé avait été exposé sans ménagement parmi les personnages de cire de l’Eden Musée. On a l’habitude de dire que les morts n’aiment pas être insultés et les restes de Beaupré ont subi de nombreuses profanations.

Après s’être vu refusé une sépulture auprès de sa famille en Saskatchewan et avoir été rempli de formaldéhyde, son cadavre a été transformé en curiosité de Freakshow pour être troquée et expédiée au plus offrant. De la Foire Mondiale de Saint-Louis à l’Eden Musée de Montréal, les restes de Beaupré furent empreints d’émotions fortes jusqu’à ce qu’ils soient finalement abandonnés dans un entrepôt poussiéreux. Récupéré par le personnel médical de l’Université de Montréal, son corps a subit encore plus d’indignités jusqu’à ce qu’il soit finalement récupéré par sa famille en 1989. Édouard Beaupré, géant et fort dans la vie, serait certainement capable de faire beaucoup de bruit.

Ainsi, une théorie qui serait davantage probable concernant le fantôme qui hante le studio du sous-sol serait que l’esprit inquiet des restes du Géant Beaupré chercherait constamment à rappeler son périple contre-nature à ceux qui osent s’aventurer dans le studio, en tambourinant sur les tuyaux, en faisant du bruit et en dévisageant les gens depuis les recoins sombres. Après tout, se voir refuser une sépulture pendant 85 ans rendrait n’importe quel esprit inquiet et enclin à hanter les endroits où ses restes se virent manquer de respect.

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À venir le 13 mars : L’église évangélique St. John

Située au cœur du nouveau Quartier des Spectacles, l’Église évangélique St. John se distingue de par son toit rouge clinquant. Ce que les milliers de touristes qui l’environnent durant la saison des festivals ne réalisent surement pas c’est que l’église anglo-catholique au toit rouge est réputée hantée depuis fort longtemps. Cependant, au lieu des troublantes zones froides et autres déplaisantes manifestations paranormales, l’esprit qui hante l’église est décrit comme doux. En effet, des « zones chaudes » réconfortantes sont connues pour se matérialiser, conduisant les paroissiens à envisager que le fantôme soit nul autre que le fondateur désintéressé, Rector Edmund Wood, qui mourut en 1909. On dit qu’il la visite encore de temps en temps pour veiller sur les fidèles. Le fantôme n’est pas considéré comme sinistre mais plutôt vu comme un heureux rappel que le premier protecteur de l’égliseest toujours impliqué dans les saints ordres.

Donovan King est historien, professeur et acteur professionnel. Fondateur de Haunted Montréal, il coordonne ses talents pour créer les meilleures histoires de fantômes possibles, que ce soit dans la qualité rédactionnelle ou dans la performance théâtrale. Donovan King détient un DEC en Interprétation théâtrale (Collège John Abbot), un Baccalauréat en arts appliqués (Arts dramatiques en éducation, Université Concordia), un Baccalauréat en éducation (Enseignement de l’histoire et de l’anglais, Université McGill) et une Maîtrise en arts appliqués (Études théâtrales, Université de Calgary).

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